Les Brasseries

collection de sous bocksLes brasseries étaient monnaie courante à cette époque. MM. Munier, Soulard et Chaupier, négociants en vin, en créèrent une sur le site de l'actuelle fromagerie (ancienne ferme Clément) vers 1850. Cette société changea successivement de propriétaire, dont le dernier a été Mr Nuss. Pendant cette période, le château de la Cense fut construit pour loger Mr Voegele, brasseur.

Victor Champion

En 1860, Victor Simon CHAMPION, jeune brasseur de Pressigny, en Haute-Marne, arrive à la brasserie de la Cense à Xertigny. Après des études en Bavière, à l’école de Weihenstephan, il vient dans un premier temps, pour se perfectionner comme chef de fabrication. Puis, en 1863, devenu directeur, il reprend la brasserie de l'Orémus au centre de Xertigny qui périclitait.

Il  habitait alors au Relais Postal (auberge-relais de diligences). En 1865, il épouse Alice Ménestrey, fille de l’aubergiste, qui lui apporte une dot confortable.

Le 8 juin 1866, naît Berthe Marie Claire CHAMPION, leur fille.

La brasserie connaît ensuite un essor colossal. Des caves immenses et des bâtiments sur 3 étages sont construits. 80 personnes y sont employées.

A proximité, le château de l’Orémus est détruit, et, de 1886 à 1888, le château actuel, d’après les plans de l’architecte départemental M.Clasquin, est érigé.

Son coût, décoration comprise, est de 300 000 francs OR.

La légende raconte qu’en cherchant les sources nécessaires à la fabrication de la bière, Victor Champion trouva, sous la Roche des Cents Ecus, le trésor des Templiers, caché lors des persécutions de 1307. En réalité, c’est grâce à son talent commercial, à la qualité des eaux et les circonstances économiques après la guerre de 1870, qu’il put développer l’entreprise qui devint gigantesque. Le domaine s’étendait sur plusieurs centaines d’hectares. On y trouvait un élevage de faisans pour la chasse (à la ferme Mortal), des étangs qui permettaient de faire de la glace, conservée toute l’année dans les caves de la brasserie.

En 1917, un terrain de croquet fut construit à l’est du château. L’organisation des chasses était confiée à M. Chrétien, garde-chasse assermenté, venant des chasses du Président de la République à Rambouillet, que l’élevage de faisans alimentait aussi.

De 4 000 hl de bière en 1870, la brasserie produit 110 000 hl en 1890. Une fortune réalisée en 20 ans. Hélas, Victor Champion n’habitera le château que pendant 3 ans. Il meurt en 1891, à 52 ans.

Henri TRIVIER, son gendre et collaborateur, époux de Berthe Champion depuis 1887, lui succède. Trois enfants naîtront de leur union : Jean, Pierre et Alice.

M. Trivier dirige la brasserie pendant 30 ans. Puis ses fils reprennent les rênes. Pendant la seconde guerre mondiale, la production chute rapidement, en raison du manque de matière première, de la complication des transports et de l’interdiction d’exporter du fait de l’occupation. Après la guerre, les difficultés d’approvisionnement entraînent une baisse de qualité et de quantité. La production tombe à   19 000 hl. La concurrence d’autres brasseries plus importantes et plus performantes met fin à l’aventure le 30 septembre 1966.

brasserie 1880Pasteur effectua un séjour à la brasserie de Xertigny. Il démontra que la « génération spontanée » n’existait pas et découvrit le procédé permettant de détruire ou d’affaiblir fortement les germes nocifs pour la conservation prolongée de la bière : on donne à ce procédé le nom de pasteurisation. Ainsi, il permit à la Lorraine, l’Impériale et la Bière de Garde d’être exportées dans le monde entier.

Puis d'autres appellations et productions virent le jour : Xer-Brau, Xer-Pils, Eau du Priolet.

biere


De grands groupes rachetèrent successivement les nombreuses brasseries de l'Est. Celle de Xertigny fut rachetée par Champigneulles, elle-même absorbée par la Société Européenne de Brasserie. La brasserie de Xertigny ferma définitivement ses portes le 30 septembre 1966